Notre arrivée à Kyoto n'a pas réellement répondu à mes attentes du Japon. On a enchaîné 24 h de transit entre Pékin et Kyoto, et après une nuit difficile dans un autocar, nous avons été déposé à 5h30 du matin dans une ville encore endormie... Normalement le check-in de notre appartement meublé (un bien grand nom...) ne devait être fait qu'à 12h. Nous avions donc devant nous un paquet d'heures à tuer en attendant de prendre une douche et de faire une sieste...
(le nom de notre résidence : furnished appartement, ce qui pour les non-anglophones, signifie l'appartement meublé...) ;-)
La ville m'est d'abord apparue triste, terne. Les tons des bâtiments vont du gris en passant par le marron et le beige. Tout est bien rangé, bien propre, rien ne dépasse, tout est carré ! Quel contraste avec la Chine !!! Et puis surtout, il y a ce respect des lois, encore plus important qu'en Allemagne ! Les taxis vous laissent même passer quand le feu est vert pour les piétons et qu'ils doivent tourner ! Bref, ma première impression était d'être tombée dans une ville un peu trop aseptisée ! Après avoir vécu quelques temps en Tunisie, le contraste a été un peu violent...
Et puis nous avons commencé à nous promener. Kyoto est une salle aux trésors à ciel ouvert enveloppé, en cette saison, par un écrin rougeoyant d'érables colorés... Nous avons parcouru les plus grands sites touristiques de la ville, vu les quartiers anciens, priés dans les temples shintoïstes. C'était troublant, nous étions envoûtés par tout ce que nous voyons... Nous ne savions plus où poser le regard et les balades ont pris un temps fou, car nous nous arrêtions sur tout ! Même les boutiques de souvenirs sont trop mignonnes !
C'est d'ailleurs son impressionnant patrimoine culturel qui a sauvé Kyoto en 1945. Les américains l'avaient placé sur leur liste des villes pour l'envoi d'une bombe A, mais une américaine et un français sont intevenus en arguant qu'une paix future serait impossible à envisager avec le Japon si leur ville joyau était rasée...
Et c'est bien de cela qu'il s'agit. Une magnifique ville, où il n'est pas étonnant de voir des couples habillés en tenue traditionnelle déambuler dans les rues du quartier de Gion.
La saison est également idéale, et je ne regrette pas de ne pas voir les cerisiers en fleur, tellement l'automne avec sa douce lumières et ses couleurs chaudes est un réel plaisir pour les yeux... Malgré que la ville soit peuplée de plus d'un million d'habitants, la campagne est proche et la densité n'est pas écrasante. En 35 min en bus depuis le centre, nous nous sommes retrouvés en pleine forêt au milieu des singes... Les temples sont très beaux et les jardins qui y sont abrités sont de véritables tableaux, dans lesquels le spectateur pourrait se perdre durant des heures...
Un pur délice et une ville agréable à vivre. Du moins au premier abord...
Car ceci est le premier aspect de Kyoto. Mais, à l'instar du miroir d'Alice, il a un côté plus sombre, teinté de désespoir et de solitude... Contrairement aux chinois, les japonais ne se parlent pas entre eux. Il y a tellement de retenue, de peur de gêner l'Autre, qu'il n'y a pas de dialogue entre deux étrangers.
Il y a également une sorte de schyzophrénie entre les cris d'accueil dans n'importe quel magasin, accompagné d'un large sourire et la tête que font les gens dans la rue, dans le métro, dans les restaurants. Il y a comme une sorte de voile de tristesse qui les enveloppe. Et le plus frappant c'est le soir. Lorsque nous avons dîné à l'extérieur, nous avons sélectionné les adresses les moins chères, car ici une simple gargotte peut vous proposer sans vergogne un menu à plus de 100 € (et oui, c'est aussi ça le Japon ! Terrifiant les prix, mais là n'est pas le propos...). Ce sont donc des endroits où l'on dîne rapidement et pour 9 à 10 € par personne. C'est bon, simple et rapide. Ce qui en fait un lieu idéal pour tous ces hommes esseulés, venus dîner après le travail. Cette ambiance de solitude dans les restaurants m'a presque filé le cafard. Les tables sont disposées pour que l'on puisse dîner sans être importuné par un autre être humain. Bien rester dans sa bulle, ne pas déranger et ne pas être dérangé... Il y a quelque chose de triste en cela, et l'on comprend leur besoin de petits chatons à la Hello Kitty ou de personnages de dessins animés.
La vie à Kyoto, à voir si cela s'applique à tout le Japon, est un peu le stade ultime de la vie d'adulte sans buts et sans passion. Seules les sorties arrosées entre collègues permettent un semblant d'évasion. Je me demande si tous les jeunes que l'on voit, qui débordent de vies et de joies, rentreront dans le moule, écrasés par le poids des traditions et une culture (bien que très riche et intéressante) qui annihile l'individu au profit de la communauté.
Et surtout, je m'interroge : est-ce cela le Japon ?
Enjoy ! :0)
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