Nous voici donc à la fin de notre première destination : la Chine. Trois semaines où nous avons pu avoir un premier aperçu de la probable future première puissance mondiale, via Hong Kong, Hangzhou, Shanghai, Tai'an, Qufu, Tai Shan et Pékin. Beaucoup trop court pour comprendre le pays, mais cela n'en fut pas moins très intéressant... et surprenant.
Tout d'abord, sur le voyage et l'expérience en elle-même, nous avons été confrontés pour la première fois à un frein majeur : la communication. La population, pour son écrasante majorité, ne maitrise pas l'anglais, et nous peinons à aligner trois mots de mandarin. Sauf à Hong-Kong bien sûr, mais les hong-kongais et les continentaux ne sont d'accord que sur une chose : Hong-Kong, c'est pas la Chine.
Nous avons pu donc goûter au plaisir de mimer, de montrer des photos ou des choses pour se faire comprendre (des timbres pour demander où se trouve la Poste, etc.) ou d'utiliser une calculette pour montrer les prix lors d'un marchandage, d'ailleurs un sport national mais pour une fois agréable, rapide et bon enfant, même pour une division du prix par 7 comme lors de notre dernier achat en date (un jeu de go).
Heureusement, (ou malheureusement car cela enlève un peu au charme), dans les grandes agglomérations (Shanghai et Pékin dans notre cas), tous les noms de rues et toutes les directions sont doublées en anglais, ces deux villes sont donc très simples d'accès. On se demande d'ailleurs comment la population ressent le fait de tout voir doublé dans une langue qu'elle ne connait pas, alors que le pays n'est pas colonisé... Sinon, dans les autres villes, il faut reconnaitre et/ou dessiner des sinogrammes, ce qui est plutôt sympa finalement... A ce propos, nous voulions faire une rubrique des bonnes adresses vues en Chine, mais quasiment tous les meilleurs restaus que nous avons fait n'avait pas un seul caractère latin, donc difficile pour nous de les retranscrire ici...
Autre "galère" : nos guides Lonely Planet (le guide de la Chine de 2007, et les mini-guides de Pékin et Shanghai), ne nous ont pas toujours aidés. En effet, tout a changé depuis 2007 et une erreur de traduction nous a valu de perdre une demi-journée : en effet, pour le nouveau palais d'été, les sinogrammes indiqués sur le guide correspondaient à l'ancien palais d'été, c'est donc là que le taxi nous a emmenés ! Mais au final, tout s'est bien passé, sans aucune vraie galère, et les quelques moments d'égarement contribuent au charme du voyage...
Mais assez parlé de nous, venons-en au plus intéressant en Chine : ses habitants et sa riche culture... C'est là le mystère le plus dur à percer, car on se rend vite compte que trois semaines ne permettent pas de comprendre. A priori, il y a quatre grandes pensées qui structurent la culture chinoise d'aujourd'hui : les trois philosophies/religions traditionnelles (confucianisme, taoïsme, bouddhisme), la doctrine du Parti (et ces voltes-faces)...
La plupart des doctrines se rejoignent sur un certain nombre de points, comme l'obéissance (pilier du confucianisme, et bien entendu du régime autoritaire) ou encore le respect des anciens, et ces principes ont l'air plutôt en phase avec la société... Cela dit, les pensées traditionnelles semblent avoir perdu beaucoup de terrain, sans doute les impacts de l'idéologie du Parti et de l'abondance matérielle. J'ai déclenché l'hilarité générale avant-hier en discutant avec les quatre Chinois tenant la guesthouse où nous logions à Pékin en leur demandant s'ils pratiquaient des religions : tous étaient athées, et le fait même de prier leur semblait d'un autre siècle !
Le seul dieu vraiment visibile aujourd'hui, c'est bien la consommation : les enseignes occidentales sont légion dans les rues à la mode (comme Nanjing Road à Shanghai) et les beaux quartiers et le shopping se fait comme en Europe... Voir peut-être de façon un peu plus frénétique...
Nous avons plutôt rencontrés des gens accueillants, curieux, ayant envie d'initier la discussion (même si ce n'était en général pas possible avec nous) ou de nous aider à trouver notre chemin... Avec quelques moeurs "bizarres" pour un occidental : le fait de cracher tout le temps, la façon de manger, les traditions d'hospitalité, le fait de se battre avec autant d'ardeur pour payer l'addition, etc. Et très ouverts : pas d'animosité envers nous, même chez les anciens, malgré la propagande subie depuis la guerre de Corée, où les occidentaux étaient des méchants diables blancs au long nez... (le musée de l'affiche de propagande de Shanghai, perdue dans le sous-sol d'un quartier de tours d'habitation, était excellent).
Et dernier point : ils sont super productifs. Car c'est cela qui impressionne aussi : à quelle vitesse les gens travaillent. On le voit quasiment de partout : dans les restaurants, aux guichets, dans les administrations publiques (à la Poste notamment, pour renvoyer des colis) ! Pour des petits français tout doux comme nous, c'est d'ailleurs à la limite du brusque : cela fait toujours bizarre de voir la serveuse attendre notre commande juste devant nous alors qu'elle est en train de nous donner la carte de nourriture (par ailleurs excellente) !
Cela explique sûrement en partie le miracle économique chinois : difficile d'imaginer que c'était l'un des pays les plus pauvres du monde il y a encore 30 ans (et notamment plus pauvre que l'Inde). Les infrastructures modernes sont omniprésentes à Shanghai et Pékin, boostées par l'expo universelle et les JO : transports (aéroports, gares, métro, routes), buildings, etc. Tout est neuf, très moderne et est a priori conçu pour supporter le développement : le terminal 3 de l'aéroport de Pékin, le plus grand terminal du monde, était quasiment vide hier matin. Bon, dans ce tableau impressionnant, il faut mettre de côté la circulation à Pékin, qui est impossible !
On sent aussi une volonté de donner une très bonne image : le niveau de service public est globalement excellent – il y a peu d'arnaque au taxi et l'on peut même "noter" le douanier qui contrôle le passeport à la sortie du territoire (Virginie lui a donné "très satisfait" et moi "satisfait", c'était le cas !).
Vient toujours la question de la liberté... Vu que nous avons une première "expérience" avec la république d'Uncle Ben, nous avons quelques clés pour comparer. La censure de l'Internet est du même type qu'en Tunisie (blocage de domaines Web), et la liste des sites bloqués est un peu plus longue, mais toute personne parlant anglais (ou autre) peut trouver le même type d'information sur la Chine que depuis la France, sans même utiliser les sites de proxy permettant de contourner le tout (qui fonctionnent en Chine comme en Tunisie). La presse semble un peu plus libre, au vu du China Weekly que j'ai lu hier : édité en Chine, il est "critique" sur la politique du gouvernement, économique (en l'occurrence sur la valeur sous-évaluée du yuan) et sociale (la politique de l'enfant unique est remise en question, les mesures sociales en faveur des régions qui ne profitent pas du boom sont critiquées). Comme en Tunisie, les libertés d'entreprendre et de se déplacer semblent assurées... Difficile toutefois d'ignorer ce que l'on peut lire ailleurs, et que l'on ne voit pas sur place : les prisonniers politiques, l'utilisation des prisonniers pour du travail forcé dans les laogai (qui était l'un des thèmes majeurs du très bon Typhon sur Hong Kong que nous avons lu pendant le trajet), les répressions sanglantes des manifestations, etc.
Enfin bref... Entre surprise et émerveillement devant un patrimoine aussi conséquent, hétérogène et mis en valeur, ce fut un pays très intéressant, même si nous n'en avons sans doute vu qu'une infime partie. Il nous faudra revenir et aussi apprendre le mandarin pour la prochaine fois, cela risque d'être de plus en plus utile. C'est tout aussi intéressant d'ailleurs d'apprendre la signification de sinogrammes, qui ont tous un sens, plus ou moins traditionnel : le sinogramme désignant l'épouse se compose par exemple d'un balai, d'une main et d'une femme ! Cela n'est cependant pas du tout représentatif, et on voit très couramment des femmes conduire des bus ou dans les BTP... Signe que la société a évolué... Vite, très vite, comme tout sur la côte Est chinoise !
PS : et maintenant, nous sommes à Kyoto !
PS : et maintenant, nous sommes à Kyoto !
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