mardi 23 novembre 2010

Une nuit chez les moines...

Le Japon est un pays de croyants. D'après le Lonely Planet, 86 % de la population est pratiquante. Il y a pourtant une chose qui est surprenante pour nous, Occidentaux, élevés dans une seule religion, monothéiste de surcroît, c'est la coexistence de deux religions. Les Japonais pratiquent le Shinto, croyance séculaire de l'île qui détient un impressionnant panthéon de dieux et de déesses, issues de la Nature. Ces "dieux" pourrait être appelé "esprits". La pratique du Shinto s'applique à l'univers du vivant, par oppposition au bouddhisme, deuxième religion pratiquée par les japonais, qui fut importée de l'Inde via la Chine, et qui relève du domaine de l'au-delà.

Je suis pour ma part attirée par l'image du Bouddha depuis ma plus tendre enfance, et je commence à avoir une jolie collection de figurines issues de différents pays asiatiques. Jean-Christophe est quant à lui intéressé par la philosophie et a un peu bouquiné sur le sujet.

En feuilletant le Lonely, nous avons vu qu'une ville nichée au coeur d'une montagne, le Koya-san, ensemble de temples bouddhistes, accueillait les étrangers au sein des temples pour y passer une nuit. Une nuit, car plus et il fallait que l'on s'endette... ;-)

Pour séjourner au Koya-San c'est toute une histoire, et nous avons réservé par fax depuis la Chine. Après plus de 3h de trajets, nous sommes arrivés sur place.

Le cadre est vraiment magnifique, la ville est entourée de nombreux pics recouverts d'une forêt primaire imposante. Nous étions un peu surpris, car après le Tai-Shan (ici) nous nous attendions à autre chose mais certainement pas à une ville ! Une fois passés à l'office du tourisme pour savoir dans quel temple nous dormirons, nous sommes partis à la rencontre de ce lieu vénéré par les pélerins. Nos pas nous guidèrent longuement dans un cimetière entouré par cette imposante forêt.

La journée était superbe, mais les arbres si grands et si nombreux ne laissaient passer que quelques rares rayons de soleil.

Une étrange atmosphère régnait, nous n'étions pas seuls à prendre ce chemin de deux km qui menait à un ensemble de très beaux temples, et pourtant le mystère et une sensation de paix collaient les semelles de nos converses. D'antiques Torii (portes d'entrées des sanctuaires Shinto), dont le bois est grignoté par l'usure du temps côtoient des tombes en marbres bien plus récentes.

Certaines représentations de bodhisattvas portent un bavoir rouges et sont entourés de petites pierres. Ces bavoirs rouges sont déposés là par des mères en deuil, ayant perdu un bébé, ayant faitune fausse couche ou ayant avorté... Le bavoir rouge, symbolise la demande de la maman au saint de bien veiller sur son enfant... Vu le nombre de bavoirs rouges, le coeur m'étreint un peu en avançant...

La nuit tombe très rapidement au Japon et dans les montagnes l'impression y est renforcée. Le check-in dans notre monastère se faisait à partir de 15h et après avoir visité de nombreux temples nous nous y sommes rendus vers 16h. Nous ne savions vraiment pas à quoi nous attendre, et sur les 122 temples du site, nous sommes tombés sur un petit monastère où vivait seulement un moine, son épouse et sa maman. Le lieu était tellement calme, que lorsque nous fumes installés dans notre chambre, nous chuchotions pour ne pas briser la quiétude des lieux ! La chambre très belle était réconfortante après tout le temps passé dans le déprimant "furnished appartement" de Kyoto. Nous avions droit à 4 petites pièces séparées par des panneaux de bois recouverts de feuilles de riz et donnant sur un jardin zen ravissant.

Au centre de la pièce principale, une table basse recouverte d'une couverture, qui garde la chaleur diffusée par un radiateur placé sous le plateau de la table. Un bonheur pour réchauffer nos pieds transis.

Un dîner végétarien nous a été servi à 18h, dans une autre pièce au rez de chaussé. Nous étions seuls, face à face avec devant nous deux petits plateaux faisant office de table, recouverts de mets surprenants...

Pour suivre la tradition, après notre dîner, nous avons profité des bains et là c'était un véritable délassement... Nos lits avaient été préparé pendant notre repas et c'est dans un calme cotonneux, agréable que nous avons pu passer la soirée à lire et nous endormir comme des bébés.

Le réveil à 6h a été un peu rude, mais nous souhaitions assister à la cérémonie du matin, et c'est un peu endormis et frigorifiés que nous avons franchi la porte du temple. Le moine venait de commencer à réciter ses mantras qu'ils ponctuaient de coups de gongs... Le temps qu'un batonnet d'encens brûle, et après de multiples gigotements de notre part (la position assis sur nos pieds est loin d'être agréable), le moine, un peu essoufflé, encore un peu en transe est venu nous présenter son temple. Une fois de plus la barrière de la langue nous a empêché d'aller au bout des choses mais nous étions contents de notre expérience. J'avoue que le petit déjeuner végétarien qui a suivi juste après était un peu trop concept pour mon estomac de française... ;-)

Après quelques visites à d'autres temples nous sommes revenus sur Kyoto. Heureux et paisibles nous étions révis d'avoir fait cette expérience... Même si, brrr, qu'est-ce qu'il faisait froid là-haut ! ;-)

Enjoy ! ;0)


vendredi 19 novembre 2010

Kyoto : des deux côtés du miroir...



Cela fait désormais un mois que nous sommes en voyage et le temps file à la vitesse d'un shinkansen. Ce dernier étant le TGV japonais, dans lequel nous sommes au moment où j'écris ces lignes. Nous nous dirigeons vers Hiroshima, où nous allons faire une plongée dans une page de l'Histoire. Nous quittons donc Kyoto après 9 jours passés là-bas. Mes sentiments sont partagés... Nous n'avons vraiment pris réellement racine qu'à Kyoto, les autres villes où nous nous sommes rendus, nous n'avons fait qu'y passer, et je ne sais pas si ce que l'on a constaté à Kyoto peut s'appliquer à tout le Japon... Pour le moment, partons du fait que cela soit propre à cette ville.

Notre arrivée à Kyoto n'a pas réellement répondu à mes attentes du Japon. On a enchaîné 24 h de transit entre Pékin et Kyoto, et après une nuit difficile dans un autocar, nous avons été déposé à 5h30 du matin dans une ville encore endormie... Normalement le check-in de notre appartement meublé (un bien grand nom...) ne devait être fait qu'à 12h. Nous avions donc devant nous un paquet d'heures à tuer en attendant de prendre une douche et de faire une sieste...

(le nom de notre résidence : furnished appartement, ce qui pour les non-anglophones, signifie l'appartement meublé...) ;-)

La ville m'est d'abord apparue triste, terne. Les tons des bâtiments vont du gris en passant par le marron et le beige. Tout est bien rangé, bien propre, rien ne dépasse, tout est carré ! Quel contraste avec la Chine !!! Et puis surtout, il y a ce respect des lois, encore plus important qu'en Allemagne ! Les taxis vous laissent même passer quand le feu est vert pour les piétons et qu'ils doivent tourner ! Bref, ma première impression était d'être tombée dans une ville un peu trop aseptisée ! Après avoir vécu quelques temps en Tunisie, le contraste a été un peu violent...

Et puis nous avons commencé à nous promener. Kyoto est une salle aux trésors à ciel ouvert enveloppé, en cette saison, par un écrin rougeoyant d'érables colorés... Nous avons parcouru les plus grands sites touristiques de la ville, vu les quartiers anciens, priés dans les temples shintoïstes. C'était troublant, nous étions envoûtés par tout ce que nous voyons... Nous ne savions plus où poser le regard et les balades ont pris un temps fou, car nous nous arrêtions sur tout ! Même les boutiques de souvenirs sont trop mignonnes !

C'est d'ailleurs son impressionnant patrimoine culturel qui a sauvé Kyoto en 1945. Les américains l'avaient placé sur leur liste des villes pour l'envoi d'une bombe A, mais une américaine et un français sont intevenus en arguant qu'une paix future serait impossible à envisager avec le Japon si leur ville joyau était rasée...

Et c'est bien de cela qu'il s'agit. Une magnifique ville, où il n'est pas étonnant de voir des couples habillés en tenue traditionnelle déambuler dans les rues du quartier de Gion.

La saison est également idéale, et je ne regrette pas de ne pas voir les cerisiers en fleur, tellement l'automne avec sa douce lumières et ses couleurs chaudes est un réel plaisir pour les yeux... Malgré que la ville soit peuplée de plus d'un million d'habitants, la campagne est proche et la densité n'est pas écrasante. En 35 min en bus depuis le centre, nous nous sommes retrouvés en pleine forêt au milieu des singes... Les temples sont très beaux et les jardins qui y sont abrités sont de véritables tableaux, dans lesquels le spectateur pourrait se perdre durant des heures...



Un pur délice et une ville agréable à vivre. Du moins au premier abord...

Car ceci est le premier aspect de Kyoto. Mais, à l'instar du miroir d'Alice, il a un côté plus sombre, teinté de désespoir et de solitude... Contrairement aux chinois, les japonais ne se parlent pas entre eux. Il y a tellement de retenue, de peur de gêner l'Autre, qu'il n'y a pas de dialogue entre deux étrangers.

Il y a également une sorte de schyzophrénie entre les cris d'accueil dans n'importe quel magasin, accompagné d'un large sourire et la tête que font les gens dans la rue, dans le métro, dans les restaurants. Il y a comme une sorte de voile de tristesse qui les enveloppe. Et le plus frappant c'est le soir. Lorsque nous avons dîné à l'extérieur, nous avons sélectionné les adresses les moins chères, car ici une simple gargotte peut vous proposer sans vergogne un menu à plus de 100 € (et oui, c'est aussi ça le Japon ! Terrifiant les prix, mais là n'est pas le propos...). Ce sont donc des endroits où l'on dîne rapidement et pour 9 à 10 € par personne. C'est bon, simple et rapide. Ce qui en fait un lieu idéal pour tous ces hommes esseulés, venus dîner après le travail. Cette ambiance de solitude dans les restaurants m'a presque filé le cafard. Les tables sont disposées pour que l'on puisse dîner sans être importuné par un autre être humain. Bien rester dans sa bulle, ne pas déranger et ne pas être dérangé... Il y a quelque chose de triste en cela, et l'on comprend leur besoin de petits chatons à la Hello Kitty ou de personnages de dessins animés.

La vie à Kyoto, à voir si cela s'applique à tout le Japon, est un peu le stade ultime de la vie d'adulte sans buts et sans passion. Seules les sorties arrosées entre collègues permettent un semblant d'évasion. Je me demande si tous les jeunes que l'on voit, qui débordent de vies et de joies, rentreront dans le moule, écrasés par le poids des traditions et une culture (bien que très riche et intéressante) qui annihile l'individu au profit de la communauté.

Et surtout, je m'interroge : est-ce cela le Japon ?

Enjoy ! :0)

lundi 15 novembre 2010

Nos amis les animaux

Nous voici depuis 6 jours au Japon, plus précisément à Kyoto, ville historique et capitale du Japon durant 11 siècles.

Nous avons eu l'occasion de découvrir, deux fois en deux jours, qu'au Japon on pouvait s'approcher des animaux dans des cadres plus sympathiques que celui du zoo. Ainsi, avant-hier, à Arashiyama (Kyoto), nous sommes montés au Monkey Parc, une montagne avec forêt où les singes sont en liberté. Ils se regroupent notamment sur la butte, car c'est là qu'on les nourrit, et c'est donc un bon endroit pour les observer de près.










Puis hier, lors d'une journée dans la ville de Nara, nous avons été accompagnés en quasi-permanence de... daims ! En effet, ceux-ci sont en liberté dans le parc de la ville, qui regroupe la majorité des sites touristiques. Pourquoi des daims? Il fut une époque où ils étaient considérés comme les messagers des dieux (dans le cadre du shintoïsme).




Et si l'on nous avait mis en garde la veille contre le côté chapardeur des singes, c'est plutôt des daims que nous aurions du nous méfier, car ils adorent le papier et se sont faits un plaisir de manger ma carte...



Difficile de lire une demi-carte...

En un sens, cela fait un point commun entre l'Inde et le Japon. Même si en Inde, les animaux étaient un peu plus gênants, quand ils bloquaient un quartier... Mais là aussi, la cohabitation se passait bien, les animaux (vaches surtout) menant une existance tranquille, nourries par les habitants :

Une vache se reposant tranquillement à Jodhpur

mercredi 10 novembre 2010

Bilan de trois semaines en Chine

Nous voici donc à la fin de notre première destination : la Chine. Trois semaines où nous avons pu avoir un premier aperçu de la probable future première puissance mondiale, via Hong Kong, Hangzhou, Shanghai, Tai'an, Qufu, Tai Shan et Pékin. Beaucoup trop court pour comprendre le pays, mais cela n'en fut pas moins très intéressant... et surprenant.

Tout d'abord, sur le voyage et l'expérience en elle-même, nous avons été confrontés pour la première fois à un frein majeur : la communication. La population, pour son écrasante majorité, ne maitrise pas l'anglais, et nous peinons à aligner trois mots de mandarin. Sauf à Hong-Kong bien sûr, mais les hong-kongais et les continentaux ne sont d'accord que sur une chose : Hong-Kong, c'est pas la Chine.

Nous avons pu donc goûter au plaisir de mimer, de montrer des photos ou des choses pour se faire comprendre (des timbres pour demander où se trouve la Poste, etc.) ou d'utiliser une calculette pour montrer les prix lors d'un marchandage, d'ailleurs un sport national mais pour une fois agréable, rapide et bon enfant, même pour une division du prix par 7 comme lors de notre dernier achat en date (un jeu de go).

Heureusement, (ou malheureusement car cela enlève un peu au charme), dans les grandes agglomérations (Shanghai et Pékin dans notre cas), tous les noms de rues et toutes les directions sont doublées en anglais, ces deux villes sont donc très simples d'accès. On se demande d'ailleurs comment la population ressent le fait de tout voir doublé dans une langue qu'elle ne connait pas, alors que le pays n'est pas colonisé... Sinon, dans les autres villes, il faut reconnaitre et/ou dessiner des sinogrammes, ce qui est plutôt sympa finalement... A ce propos, nous voulions faire une rubrique des bonnes adresses vues en Chine, mais quasiment tous les meilleurs restaus que nous avons fait n'avait pas un seul caractère latin, donc difficile pour nous de les retranscrire ici...

Autre "galère" : nos guides Lonely Planet (le guide de la Chine de 2007, et les mini-guides de Pékin et Shanghai), ne nous ont pas toujours aidés. En effet, tout a changé depuis 2007 et une erreur de traduction nous a valu de perdre une demi-journée : en effet, pour le nouveau palais d'été, les sinogrammes indiqués sur le guide correspondaient à l'ancien palais d'été, c'est donc là que le taxi nous a emmenés ! Mais au final, tout s'est bien passé, sans aucune vraie galère, et les quelques moments d'égarement contribuent au charme du voyage...

Mais assez parlé de nous, venons-en au plus intéressant en Chine : ses habitants et sa riche culture... C'est là le mystère le plus dur à percer, car on se rend vite compte que trois semaines ne permettent pas de comprendre. A priori, il y a quatre grandes pensées qui structurent la culture chinoise d'aujourd'hui : les trois philosophies/religions traditionnelles (confucianisme, taoïsme, bouddhisme), la doctrine du Parti (et ces voltes-faces)...

La plupart des doctrines se rejoignent sur un certain nombre de points, comme l'obéissance (pilier du confucianisme, et bien entendu du régime autoritaire) ou encore le respect des anciens, et ces principes ont l'air plutôt en phase avec la société... Cela dit, les pensées traditionnelles semblent avoir perdu beaucoup de terrain, sans doute les impacts de l'idéologie du Parti et de l'abondance matérielle. J'ai déclenché l'hilarité générale avant-hier en discutant avec les quatre Chinois tenant la guesthouse où nous logions à Pékin en leur demandant s'ils pratiquaient des religions : tous étaient athées, et le fait même de prier leur semblait d'un autre siècle !

Le seul dieu vraiment visibile aujourd'hui, c'est bien la consommation : les enseignes occidentales sont légion dans les rues à la mode (comme Nanjing Road à Shanghai) et les beaux quartiers et le shopping se fait comme en Europe... Voir peut-être de façon un peu plus frénétique...

Nous avons plutôt rencontrés des gens accueillants, curieux, ayant envie d'initier la discussion (même si ce n'était en général pas possible avec nous) ou de nous aider à trouver notre chemin... Avec quelques moeurs "bizarres" pour un occidental : le fait de cracher tout le temps, la façon de manger, les traditions d'hospitalité, le fait de se battre avec autant d'ardeur pour payer l'addition, etc. Et très ouverts : pas d'animosité envers nous, même chez les anciens, malgré la propagande subie depuis la guerre de Corée, où les occidentaux étaient des méchants diables blancs au long nez... (le musée de l'affiche de propagande de Shanghai, perdue dans le sous-sol d'un quartier de tours d'habitation, était excellent).

Et dernier point : ils sont super productifs. Car c'est cela qui impressionne aussi : à quelle vitesse les gens travaillent. On le voit quasiment de partout : dans les restaurants, aux guichets, dans les administrations publiques (à la Poste notamment, pour renvoyer des colis) ! Pour des petits français tout doux comme nous, c'est d'ailleurs à la limite du brusque : cela fait toujours bizarre de voir la serveuse attendre notre commande juste devant nous alors qu'elle est en train de nous donner la carte de nourriture (par ailleurs excellente) !

Cela explique sûrement en partie le miracle économique chinois : difficile d'imaginer que c'était l'un des pays les plus pauvres du monde il y a encore 30 ans (et notamment plus pauvre que l'Inde). Les infrastructures modernes sont omniprésentes à Shanghai et Pékin, boostées par l'expo universelle et les JO : transports (aéroports, gares, métro, routes), buildings, etc. Tout est neuf, très moderne et est a priori conçu pour supporter le développement : le terminal 3 de l'aéroport de Pékin, le plus grand terminal du monde, était quasiment vide hier matin. Bon, dans ce tableau impressionnant, il faut mettre de côté la circulation à Pékin, qui est impossible !

On sent aussi une volonté de donner une très bonne image : le niveau de service public est globalement excellent – il y a peu d'arnaque au taxi et l'on peut même "noter" le douanier qui contrôle le passeport à la sortie du territoire (Virginie lui a donné "très satisfait" et moi "satisfait", c'était le cas !).

Vient toujours la question de la liberté... Vu que nous avons une première "expérience" avec la république d'Uncle Ben, nous avons quelques clés pour comparer. La censure de l'Internet est du même type qu'en Tunisie (blocage de domaines Web), et la liste des sites bloqués est un peu plus longue, mais toute personne parlant anglais (ou autre) peut trouver le même type d'information sur la Chine que depuis la France, sans même utiliser les sites de proxy permettant de contourner le tout (qui fonctionnent en Chine comme en Tunisie). La presse semble un peu plus libre, au vu du China Weekly que j'ai lu hier : édité en Chine, il est "critique" sur la politique du gouvernement, économique (en l'occurrence sur la valeur sous-évaluée du yuan) et sociale (la politique de l'enfant unique est remise en question, les mesures sociales en faveur des régions qui ne profitent pas du boom sont critiquées). Comme en Tunisie, les libertés d'entreprendre et de se déplacer semblent assurées... Difficile toutefois d'ignorer ce que l'on peut lire ailleurs, et  que l'on ne voit pas sur place : les prisonniers politiques, l'utilisation des prisonniers pour du travail forcé dans les laogai (qui était l'un des thèmes majeurs du très bon Typhon sur Hong Kong que nous avons lu pendant le trajet), les répressions sanglantes des manifestations, etc.

Enfin bref... Entre surprise et émerveillement devant un patrimoine aussi conséquent, hétérogène et mis en valeur, ce fut un pays très intéressant, même si nous n'en avons sans doute vu qu'une infime partie. Il nous faudra revenir et aussi apprendre le mandarin pour la prochaine fois, cela risque d'être de plus en plus utile. C'est tout aussi intéressant d'ailleurs d'apprendre la signification de sinogrammes, qui ont tous un sens, plus ou moins traditionnel : le sinogramme désignant l'épouse se compose par exemple d'un balai, d'une main et d'une femme ! Cela n'est cependant pas du tout représentatif, et on voit très couramment des femmes conduire des bus ou dans les BTP... Signe que la société a évolué... Vite, très vite, comme tout sur la côte Est chinoise !

PS : et maintenant, nous sommes à Kyoto !

lundi 8 novembre 2010

Tai Shan m'a tuer ! bis...

Plus de photos et de posts dans les jours qui arrivent, nous partons demain pour le Japon !

A très vite ! 

Enjoy ! :0)

Tai Shan m'a tuer !

La référence un peu douteuse de ce post, ne rend absolument pas hommage au magnifique séjour que nous avons passé dans la commune de Tai'an. Le but de ces 3 jours passés là-bas était de gravir l'une des 5 montagnes sacrées de Chine. La plus sacrée, en fait. Nous on est comme ça, on ne veut que le meilleur ! ;-)

Les chinois adorent les vieux récits et les noms long aux consonances poétiques et le mont Tai répond parfaitement à ces intérêts. Le pic de l'empereur de Jade, qui culmine à plus de 1545 m, accueille depuis plus de 3000 ans les nombreux pèlerins avides de renouveau et de longévité. Nous y reviendrons, mais si vous voulez en savoir plus sur cette vénérable montagne, vous pouvez faire un tour chez notre ami wiki sur ce lien : http://fr.wikipedia.org/wiki/Tai_Shan .

Nous avons donc déposé nos bagages à la gare ferroviaire, que JC dans un mandarin parfait avait indiqué au taxi, puis direction le pied de la montagne. C'est haut 1545 m, surtout quand on part à seulement 150 m... Mais bien heureusement pour moi, on ne voit pas la montée d'en bas. Le site est plongée dans une forêt de conifères et c'est accompagnés de chants d'oiseaux et de coqs (hé oui, nous en croiserons des très gras tout au long de la première partie de notre ascension) que nous commencerons la montée. Tout est progressif, heureusement et je ne vais pas vous faire l'énumération des milliers de marches que nous avons gravis, mais arrivé à la porte céleste du milieu, clairement je souffre et je crache mes poumons. Et encore, je ne fume pas. Tout au long de cette montée, nous avons croisé des temples, des vendeurs, des monteurs qui posent pour des photos, des chiens et des coqs... Dilemme à mi-chemin. Prendre le téléphérique ou pas. Nous en étions déjà à plus de 2h45 de montée de marche et les jambes commençaient à peser 3 tonnes. Après un déjeuner de la plus haute qualité (des nouilles déshydratées au gras de boeuf) nous reprenons la montée et au bout de seulement une volée de marches, je m'avoue vaincue. C'est un peu honteuse que j'abandonne JC, le délestant au passage d'une bonne partie de ses affaires et je me dirige vers le téléphérique. La vue d'en haut est magnifique et en remontant le pic, je vois les jeunes chinois qui nous avaient dépassé en courant plus tôt dans la matinée, monter à quatre pattes les dernières marches. Punaise ! Et Jc va faire ça ? Y a pas de de doute, mon homme est un héros !

Je peine un peu à trouver l'hôtel, les sinogrammes ayant changé entre temps et c'est à peine posée, que je reçois un sms m'annonçant que la montée se passe bien et qu'il sera bientôt là. JC, n'aura mis qu'1h25 pour faire la deuxième partie. J'en suis toujours impressionnée...

Après un repos bien mérité, nous ressortons de l'hôtel pour assister au coucher de soleil sur le massif montagneux et à part le mot majestueux, rien ne nous vient en tête. Nous avions décidé de passer une nuit au sommet pour assister au lever du soleil, mais le coucher était un vrai spectacle en soi... On dîne, et nous rentrons de nouveau dans notre hôtel... Il est 18h45. Et oui, notre rythme en Chine avoisine le même que celui des poules...

Le réveil à 5h15 se passe comme une lettre à la poste, et c'est couverts comme st Georges avec une grosse parka militaire sur le dos, que nous nous rendons sur une falaise, pour attendre le lever du soleil. Une fois encore c'est magnifique, si on oublie tous les chinois qui comme nous, ont passé la nuit sur le site, il y a comme une atmosphère de bout du monde.

La descente est douloureuse, nos jambes tremblent et nos muscles sont contractés, mais cela valait le coup. Nous avons eu le temps de déjeuner longuement avant de prendre notre train pour Pékin.

Le résultat de cette expédition : des souvenirs plein la tête, des milliers de marches montées et pire redescendues, des courbatures comme jamais nous n'en avons eu ! Selon une légende Confucianiste, si on monte en haut du Tai Shan, on s'assure de vivre jusqu'à 100 ans... Je veux bien, mais entre temps, j'aimerai bien récupérer l'usage normal de mes jambes, parce que depuis 3 jours, monter sur un simple trottoir chinois m'arrache une grimace de douleur... Du coup, pas de muraille de Chine sur ce voyage. La prochaine fois.

Le Tai Shan m'a tuer ! Mais cela valait le coup !

Enjoy ! :0)

mercredi 3 novembre 2010

Un voyage un peu mouvementé

Hier nous avons réalisé le trajet Shanghai / Tai'An, qui s'avéra un peu laborieux. Tout d'abord, dans le métro, nous avons pris trois trains différents pour rejoindre l'aéroport, pourtant sur la même ligne que l'hôtel. Résultat : enregistrement pour le vol réalisé sur le fil du rasoir, à quelques minutes près, après avoir couru dans l'aéroport sur une bonne distance.

Mais la Chine cela reste l'aventure et nous n'étions pas au bout de nos peines pour rallier Tai'an à environ 100 km de l'aéroport, 100 km qui furent longs, comme décrits
ci-après... Au final, il nous a fallu pas moins de 7 heures de trajet (dont seulement 1H30 de vol). Peut-être aurions-nous dû prendre le train, puisque le trajet de gare à gare durait 7H également, et cela
était plus économique et écologique...

Depuis l'aéroport donc, la solution de bus pour rallier notre destination Tai'An n'est pas terrible : 2H d'attente, 1H30 minimum de route, après lequel nous aurions dû prendre un taxi : coût total : ~150Y. Donc nous nous résignons à regarder si opter pour le taxi vaut le coup.

Pour une fois, c'est nous qui demandons à négocier le prix de la course plutôt qu'à utiliser le compteur. L'objectif premier n'étant pas d'avoir un meilleur prix au dépens de l'Etat chinois (car la course n'est probablement pas déclarée par le taxi si le compteur n'est pas utilisé) mais de s'assurer à l'avance du tarif pour une course aussi longue (cela réserve parfois des surprises).

Après une rapide négociation (chose très agréable en Chine, on peut qualifier de longue une négociation au bout de trente secondes), nous tombons d'accord sur le prix de 280Y.

Et là commence une petite aventure, qui nous a permis de découvrir la face cachée du business des taxis. Simple et pragmatique : il y a le rabatteur (qui trouve le client et négocie le tarif), et puis le ou les taxis qui réalisent la course. Le client paie au dernier taxi, qui a "acheté" le client au rabatteur ou au taxi précédent, qui lui-même peut avoir "acheté" le client, etc.

Mais revenons à nos moutons. Le rabatteur sur lequel nous tombons nous emmène dans sa Volkswagen (personnelle) pour sortir de l'aéroport et nous arrête devant le péage de l'autoroute. Argh ! Mais que se
passe-t-il ? Il commence alors une série d'appels pour "nous vendre" (bien sûr tout cela, on le comprend a posteriori, notre compréhension du dialecte chinois local au Shandong étant assez limitée). Vingt minutes plus tard, un taxi (un vrai !) nous prend et le trajet commence. Une fois arrivé à Jinan (un tiers du chemin environ – et probablement la ville où il habitait) on le sent hésitant sur la route à suivre (chose plutôt bizarre, car même nous, malgré les panneaux routiers où il n'y a quasiment que des sinogrammes, nous arrivions à trouver). Bon, peut-être cherchait-il des raccourcis...

Et tout à coup, il s'arrête au bord de la route, là où il y a quelques taxis. Une fois encore, rapide négociation entre taxis et notre chauffeur nous fait signe de sortir... Nous changeons à nouveau de véicule, qui lui nous emmène jusqu'à destination. On paie donc le dernier taxi 280Y. Celui-ci nous avait racheté au taxi précédent 180Y, qui lui-même nous avait acheté au rabatteur 80Y (oui, on pouvait voir les billets qu'ils se donnaient !). Ce dernier chauffeur, non sans mal, nous mènera jusqu'à destination, après avoir demandé 6 fois son
chemin à des locaux !

Faisons donc le bilan de qui gagne quoi et avec quel effort. Le dernier taxi, sur les 100Y qu'il a encaissés, a dû travailler environ 1H40 pour les avoir (1H aller, avec le temps de trouver, et probablement 40 minutes retour – je ne pense pas qu'il ait réussi à faire une course à Tai'An, il ne connaissait pas la ville), et doit
avoir environ 4L de frais d'essence (25Y) + les frais liés à l'automobile, mettons 25Y aussi. Le premier taxi, lui, a dû travailler aussi à peu près 1H40 (en comptant le temps pour venir nous prendre et
pour trouver le second taxi), avec des frais similaires.

Le rabatteur, quant à lui, a touché 80Y pour à peu près 30 minutes de travail, sur lequel son seul frais, outre le demi-litre d'essence consommé pour nous sortir de l'aéroport doit être de graisser un peu la patte au responsable des taxis de l'aéroport, mettons 20Y.

Conclusion de cette expérience, sans surprise : dans un marché libre, il est beaucoup plus rentable d'être distributeur que producteur, surtout si c'est en bout de chaine et face à un client mal informé sur la valeur d'un service, valeur qui est de plus relativement importante (au vu du coût de la vie dans la région, 280 yuans c'est une belle somme).

En effet, d'après ces estimations, le taux horaire de notre rabatteur est quatre fois supérieur à celui des taxis !

Et seconde conclusion : toujours bien réfléchir au temps global que cela prend avant de choisir l'avion, qui parait le plus rapide !